J’me remets à écrire. Poussé par une vague
écrasante de motivations. Comme d’hab, ça fait des mois que des sujets de
rédaction bouillonnent en moi, et je remets toujours ça à plus tard. Une
crainte sous-jacente de m’exprimer comme un ado, ou d’échouer dans ce à quoi
j’aimerais aboutir. C’est toujours comme ça.
Je m’exprime mieux à l’écrit en français
maintenant qu’il y a quelques années en arrière, après les tonnes de
commentaires de la part de mes professeurs universitaires sur mes tournures
étranges, mais je n’ai quand même pas réussi à me mettre à la lecture en
français. Des préjugés sur la littérature française, dont je suis dégoûté
depuis Zola et Duras au collège et lycée. « Pourquoi ça doit être aussi
atroce ? » Il ne peut pas y avoir une bonne fin, ou au moins un bon
milieu ? Pourquoi ce n’est de la grande littérature que quand tout le
monde meurt et que les textes sont ultra-chiants ?
Bon, on avance, parce que je n’ai pas toute la
nuit. Je fais marche arrière à il y a quelques temps. Mes chers amis du petit
groupe m’ont offert un bon pour mon anniversaire, pour m’acheter des livres
chez Payot. « Chez Payot ? Je n’y vais pas depuis trois
ans… » J’achète tous mes livres sur amazon.co.uk, puisqu’en France ils
sont introuvables (impérialisme dogmatique de la pensée… Pas d’auteurs
chrétiens chez nous !). Je me décide finalement d’y faire un tour et de me
procurer une méthode pour apprendre les kanji, il était temps, puisqu’il faut
bien finir par commencer à écrire, on ne peut pas rester enfants toute la vie !
(J’étudie le japonais depuis 2 ans, pour ceux qui sont confus. Maintenant, je
sais écrire comme un gamin de 7 ans, peut-être !)
En me promenant dans ce monument de papier et
de magnifiques couvertures, ça fait étrange. Je sais que les librairies sont
pleines de livres, mais ça fait bizarre de penser qu’il y ait tant d’auteurs,
tant de livres, de nouveautés ! C’est clair qu’il est plus facile d’écrire
un livre que de réaliser un film (attention, je n’ai pas dit un bon
livre !), et c’est en tout cas moins cher à faire. Sur une étagère et sur
un de ces stands tournoyants je vois plein de livres asiatiques… Une photo me
frappe dans l’œil. Des jeunes en voiture. Des couleurs intéressantes. Je
regarde la quatrième de couverture, lis le descriptif hâtivement. Ça a l’air
sympa. Je le repose et je repars avec mon nouveau livre de kanji.
Il me reste 12 francs sur mon bon. Ça fait
deux mois que je ne suis pas retourné à Payot. Cette photo m’est restée dans la
tête, je crois que j’ai vu le même livre ailleurs… Il n’était pas cher, je veux
le lire. Je m’y rends de nouveau, section asiatique. Rien (enfin, beaucoup de
Murakami !). Section nouveautés, rien. « Ikebukuro… ! » C’était
ça ! Le lieu dans le titre, c’était ça ! Je vais demander à la
vendeuse : « Euh, je connais pas le titre, je sais qu’il y a
Ikebukuro dedans, et je connais pas non plus l’auteur … ». Mais oui,
c’est un policier. Il y en a même plusieurs ! Ah bon ?
C’est comme ça que j’ai découvert Ikebukuro
West Gate Park.
Ça vous arrive souvent d’entrer dans un bus
qui part dans 15 minutes et de tout d’un coup vous retrouver à votre arrêt,
même pas le temps de fermer votre sac et sortir ? Moi non plus. J’ai
découvert le remède à l’ennui des Tpg. Ikebukuro West Gate Park m’a fait
redécouvrir le plaisir de lire les romans. Ça faisait bien longtemps qu’un
livre ne me fasse pas vibrer ainsi. Je pense à Harry Potter et au Seigneur
des Anneaux, même si ce livre n’a rien avoir avec ceux là. C’est marrant,
je n’aurais jamais cru pouvoir être entraîné par de la prose en français comme
ça avant. Évidemment, c’est une traduction, mais quel chef-d’œuvre ! La
traduction, elle aussi est un accomplissement phénoménal. La prose de ce livre
est tellement particulière, c’est un style vraiment spécial. En même temps, ce
n’est pas que les histoires soient incroyables. Elles sont passionnantes,
certes, mais c’est le tout : le style, le contexte et les personnages, qui
rendent cela comme un délicieux repas.
Je l’ai bouffé en une semaine.
Je ne pouvais pas attendre, j’ai même essayé,
par peur de me retrouver sans livre à lire. J’ai parfois fait la connerie
d’essayer de le lire avant de dormir… Tu parles, 40 minutes plus tard et mon
sommeil est parti, plutôt de d’avoir été aidé par la lecture !
Les descriptions si vives, qu’il laisse tomber
en une phrase parfois. Ce ne sont pas des pages et des pages de descriptions
statiques, mais des descriptions dynamiques, qui avancent l’action, comme dans
un film, mais un où les tous détails adoptent une importance poétique. Ishida
Ira (l’auteur), me fait vivre Ikebukuro, la quartier-ville plutôt sale,
légèrement dangereux, mais très animé. Je me retrouve dans la scène. Mon héros,
c’est Makoto. Ce mec a un charisme que tout le monde aime, le genre de gars
dont tout le monde voudrait être ami. Mais c’est un glandu, qui ne sait pas
quoi faire de sa vie (peut-être c’est là que je m’y retrouve). C’est un gars
qui n’est personne, mais qui devient un héros. Ce qui me surprend, c’est que
c’est sa compassion qui le fait devenir un héros. C’est un mec cooooool,
mais vraiment. Et pourtant, ce trait ressort, la compassion. Tout le monde
cherche un messie.
Une œuvre sombre, mais pas pour le plaisir d’être
sombre, plutôt pour montrer le monde dans toutes ses couleurs, le blanc, le
noir, le gris et une panoplie de circonstances différentes. Les personnages
sont des yakuza, des prostituées, des racailles. Il y a des moments choquants mais
pas pour simplement pour choquer. Il y a des réflexions sur la vie, sur l’existence,
une appréciation de ce qui nous entoure. Le tout avec un casting suffisamment
sympa pour intéresser des jeunes comme des moins jeunes je dirais. Mais
probablement, quand même des jeunes.
Certaines de mes citations favorites : « Décidément,
le capitalisme est une chose bizarre », en parlant de la prostitution.
« La dioxine, la Bourse et les actions,
les filles. Ce qu’il y avait de plus dangereux dans ce bas monde était en libre
circulation. »
« … Une forêt de gratte-ciel hauts comme
des piliers soutenant tous ces nuages de pluie… »
« … J’ai compris qu’il y avait des choses
que j’étais le seul à pouvoir écrire. » (Cette phrase me parle
particulièrement.)
Bon, pour arrêter de soûler, je m’en vais
commander les autres, mais c’est quand même chiant. Pourquoi ? Parce que,
je me dis, je n’arriverais jamais à écrire quelque chose comme ça, et c’est un
des genres de trucs que j’aimerais écrire. Et pourtant, c’est ça qui
m’encourage à écrire…