Saturday, June 09, 2012

La lecture qui entraîne l'écriture... et Ikebukuro


J’me remets à écrire. Poussé par une vague écrasante de motivations. Comme d’hab, ça fait des mois que des sujets de rédaction bouillonnent en moi, et je remets toujours ça à plus tard. Une crainte sous-jacente de m’exprimer comme un ado, ou d’échouer dans ce à quoi j’aimerais aboutir. C’est toujours comme ça.

Je m’exprime mieux à l’écrit en français maintenant qu’il y a quelques années en arrière, après les tonnes de commentaires de la part de mes professeurs universitaires sur mes tournures étranges, mais je n’ai quand même pas réussi à me mettre à la lecture en français. Des préjugés sur la littérature française, dont je suis dégoûté depuis Zola et Duras au collège et lycée. « Pourquoi ça doit être aussi atroce ? » Il ne peut pas y avoir une bonne fin, ou au moins un bon milieu ? Pourquoi ce n’est de la grande littérature que quand tout le monde meurt et que les textes sont ultra-chiants ?

Bon, on avance, parce que je n’ai pas toute la nuit. Je fais marche arrière à il y a quelques temps. Mes chers amis du petit groupe m’ont offert un bon pour mon anniversaire, pour m’acheter des livres chez Payot. « Chez Payot ? Je n’y vais pas depuis trois ans… » J’achète tous mes livres sur amazon.co.uk, puisqu’en France ils sont introuvables (impérialisme dogmatique de la pensée… Pas d’auteurs chrétiens chez nous !). Je me décide finalement d’y faire un tour et de me procurer une méthode pour apprendre les kanji, il était temps, puisqu’il faut bien finir par commencer à écrire, on ne peut pas rester enfants toute la vie ! (J’étudie le japonais depuis 2 ans, pour ceux qui sont confus. Maintenant, je sais écrire comme un gamin de 7 ans, peut-être !)

En me promenant dans ce monument de papier et de magnifiques couvertures, ça fait étrange. Je sais que les librairies sont pleines de livres, mais ça fait bizarre de penser qu’il y ait tant d’auteurs, tant de livres, de nouveautés ! C’est clair qu’il est plus facile d’écrire un livre que de réaliser un film (attention, je n’ai pas dit un bon livre !), et c’est en tout cas moins cher à faire. Sur une étagère et sur un de ces stands tournoyants je vois plein de livres asiatiques… Une photo me frappe dans l’œil. Des jeunes en voiture. Des couleurs intéressantes. Je regarde la quatrième de couverture, lis le descriptif hâtivement. Ça a l’air sympa. Je le repose et je repars avec mon nouveau livre de kanji.

Il me reste 12 francs sur mon bon. Ça fait deux mois que je ne suis pas retourné à Payot. Cette photo m’est restée dans la tête, je crois que j’ai vu le même livre ailleurs… Il n’était pas cher, je veux le lire. Je m’y rends de nouveau, section asiatique. Rien (enfin, beaucoup de Murakami !). Section nouveautés, rien. « Ikebukuro… ! » C’était ça ! Le lieu dans le titre, c’était ça ! Je vais demander à la vendeuse : « Euh, je connais pas le titre, je sais qu’il y a Ikebukuro dedans, et je connais pas non plus l’auteur … ». Mais oui, c’est un policier. Il y en a même plusieurs ! Ah bon ?

C’est comme ça que j’ai découvert Ikebukuro West Gate Park.

Ça vous arrive souvent d’entrer dans un bus qui part dans 15 minutes et de tout d’un coup vous retrouver à votre arrêt, même pas le temps de fermer votre sac et sortir ? Moi non plus. J’ai découvert le remède à l’ennui des Tpg. Ikebukuro West Gate Park m’a fait redécouvrir le plaisir de lire les romans. Ça faisait bien longtemps qu’un livre ne me fasse pas vibrer ainsi. Je pense à Harry Potter et au Seigneur des Anneaux, même si ce livre n’a rien avoir avec ceux là. C’est marrant, je n’aurais jamais cru pouvoir être entraîné par de la prose en français comme ça avant. Évidemment, c’est une traduction, mais quel chef-d’œuvre ! La traduction, elle aussi est un accomplissement phénoménal. La prose de ce livre est tellement particulière, c’est un style vraiment spécial. En même temps, ce n’est pas que les histoires soient incroyables. Elles sont passionnantes, certes, mais c’est le tout : le style, le contexte et les personnages, qui rendent cela comme un délicieux repas.

Je l’ai bouffé en une semaine.

Je ne pouvais pas attendre, j’ai même essayé, par peur de me retrouver sans livre à lire. J’ai parfois fait la connerie d’essayer de le lire avant de dormir… Tu parles, 40 minutes plus tard et mon sommeil est parti, plutôt de d’avoir été aidé par la lecture !

Les descriptions si vives, qu’il laisse tomber en une phrase parfois. Ce ne sont pas des pages et des pages de descriptions statiques, mais des descriptions dynamiques, qui avancent l’action, comme dans un film, mais un où les tous détails adoptent une importance poétique. Ishida Ira (l’auteur), me fait vivre Ikebukuro, la quartier-ville plutôt sale, légèrement dangereux, mais très animé. Je me retrouve dans la scène. Mon héros, c’est Makoto. Ce mec a un charisme que tout le monde aime, le genre de gars dont tout le monde voudrait être ami. Mais c’est un glandu, qui ne sait pas quoi faire de sa vie (peut-être c’est là que je m’y retrouve). C’est un gars qui n’est personne, mais qui devient un héros. Ce qui me surprend, c’est que c’est sa compassion qui le fait devenir un héros. C’est un mec cooooool, mais vraiment. Et pourtant, ce trait ressort, la compassion. Tout le monde cherche un messie.

Une œuvre sombre, mais pas pour le plaisir d’être sombre, plutôt pour montrer le monde dans toutes ses couleurs, le blanc, le noir, le gris et une panoplie de circonstances différentes. Les personnages sont des yakuza, des prostituées, des racailles. Il y a des moments choquants mais pas pour simplement pour choquer. Il y a des réflexions sur la vie, sur l’existence, une appréciation de ce qui nous entoure. Le tout avec un casting suffisamment sympa pour intéresser des jeunes comme des moins jeunes je dirais. Mais probablement, quand même des jeunes.

Certaines de mes citations favorites : « Décidément, le capitalisme est une chose bizarre », en parlant de la prostitution.

« La dioxine, la Bourse et les actions, les filles. Ce qu’il y avait de plus dangereux dans ce bas monde était en libre circulation. »

« … Une forêt de gratte-ciel hauts comme des piliers soutenant tous ces nuages de pluie… »

« … J’ai compris qu’il y avait des choses que j’étais le seul à pouvoir écrire. » (Cette phrase me parle particulièrement.)

Bon, pour arrêter de soûler, je m’en vais commander les autres, mais c’est quand même chiant. Pourquoi ? Parce que, je me dis, je n’arriverais jamais à écrire quelque chose comme ça, et c’est un des genres de trucs que j’aimerais écrire. Et pourtant, c’est ça qui m’encourage à écrire…